1979, le fer de lance du majestueux opéra de Pink Floyd

 

the Wall

A la fin des années 70, Pink Floyd est la valeur sûre du rock international. Le groupe londonien a imposé, en quinze années de présence, une griffe inimitable qui le place au sommet de la musique du 20è siècle. Mais le groupe commence à s’essouffler, il faut dire qu’il sort d’une longue période particulièrement créative (les floydistes affirment généralement que la grande période du groupe s’étend de 1973 à 1978) et les producteurs de chez Harvest s’en rendent bien compte. Roger Waters et David Gilmour ont un projet d’envergure qui devrait marquer l’histoire du rock. Ce projet s’articule autour de trois axes : un album, évidement, une méga-tournée et un film. La naissance du projet remonte à 1977, lors d’un concert à Montréal. En fait, Roger Waters à de plus en plus de mal à supporter le comportement des fans qui hurlent, se pâment, sifflent ou se bagarrent pendant les concerts. Le summum est atteint à Montréal lorsqu’un spectateur provoque Waters et Gilmour… Waters, exaspéré, réplique par un crachat qui atteint le type au visage avant qu’il ne se fasse emmené par la sécurité. Sous le coup de la colère, Roger Waters évoque l’idée d’un mur qui séparerait les artistes de leur public qui ne comprend pas toujours l’essence du message qui passe. L’idée de ce mur continue de germer, dans les mois qui suivent, dans l’esprit de Roger Waters. Ce mur pourrait aussi être celui de l’oppression, de l’aliénation. En 1978, lors de ses vacances, Roger Waters travaille sur une démo et la présente aux autres membres du groupe qui y adhèrent. Il y a moyen là de faire quelque chose. L’idée du triptyque (album/méga-tournée/film) commencent à faire son chemin, mais la relation entre Waters et Gilmour s’est tendue depuis quelques temps, les deux hommes en arrivent lentement au point de ne plus se supporter…

Waters et Gilmour travaillent chacun de leur côté sur une partie de l’album, ne se voyant que lorsque c’est vraiment nécessaire. En fait, c’est Waters qui fait l’essentiel du travail, Gilmour n’y apportant que quelques touches. Finalement, c’est vers un opéra-rock que Pink Floyd se dirige, un opéra qui raconte l’histoire de Pink, un jeune homme névrosé, opprimé dès les premiers instants de sa vie pour entrer dans un moule qui aura l’heur de plaire à la société. Chaque chanson, 26 au total, est une part de l’histoire de Pink, elles s’enchainent pour donner un véritable opéra qui prendra place sur un double-album. Pink Floyd entre en studio au mois d’avril 1979, il y restera jusqu’en novembre et devra même changer trois fois de studio pour parvenir à mettre la double plaque en boite. Huit mois de travail pour une perle exceptionnelle !

La chanson phare de l’album, baptisé The Wall, est évidemment Another Brick in the Wall. Celle-ci est, en fait, divisé en trois parties distincte. Another Brick in the Wall – Part One évoque le mur psychologique que le héros a bâti autour de lui pour se protéger des réalités de la vie qui l’effraient, elle aborde aussi la mort du père de Pink lors de la seconde guerre mondiale. Another Brick in the Wall – Part Two est la plus célèbre, des trois parties, c’est celle qui est parue en 45 tours et que nous connaissons tous. Elle évoque le carcan scolaire et les brimades subies des professeurs, nous allons y revenir. Another Brick in the Wall – Part Three porte sur la fin de la construction du mur psychologique de Pink qui s’isole encore un peu plus en apprenant que sa femme le trompe. Il perd ainsi son seul repère réel…

La seconde partie d’Another Brick in the Wall est donc la seule qui soit sortie en 45 tours. Elle est aussi la charnière de l’album The Wall. Ecrite par Roger Waters, il s’agit d’un protest song dans toute l’acception du terme. Waters y dénonce la rigidité des règles scolaires et de la vie en internat. Waters remet en question un enseignement dans lequel les professeurs sont plus enclins à faire régner la discipline plutôt qu’à transmettre un savoir. La particularité de Another Brick in the Wall – Part Two est un tempo disco ajouté sur le quatre temps de base qui sert de fil conducteur aux trois partie. Pour renforcer le thème de la chanson, Pink Floyd fait appel à une chorale scolaire de 23 adolescents. A la fin de la chanson, sur le remarquable solo de guitare de David Gilmour, on entend une voix qui symbolise l’autorité des professeurs en classe et à l’internat. Cette voix hurle des petites phrases types de l’éducation rigide : «Mange ta viande», «Tiens-toi droit»… Le clip, mélange d’images réelles et d’images animées, montre des enfants qui marchent à travers des machines qui les formatent, les affublant de masques et d'uniformes absolument identiques, pour finalement entrer dans un hachoir à viande. À la fin, les enfants se révoltent et détruisent l’école. On s'aperçoit que tout s’est passé dans la tête de l'élève Pink, vexé que son professeur l'ait ridiculisé en lisant un de ses poèmes devant le reste de la classe… Le clip contient cette impressionnante scène animée de marteaux qui défilent au pas cadencé telle une armée de la moralité.

Pink Floyd - Another Brick in the Wall, Part 2

Another Brick in the Wall – Part Two

We don't need no education
We don't need no thought control
No dark sarcasm in the classroom
Teacher leave them kids alone
Hey teacher, leave the kids alone

All in all it's just another brick in the wall
All in all you're just another brick in the wall

We don't need no education
We don't need no thought control
No dark sarcasm in the classroom
Teacher leave the kids alone
Hey teacher leave us kids alone !

All in all you're just another brick in the wall
All in all you're just another brick in the wall

(partie parlée sur le long solo de guitare)
Wrong, Do it again!
If you don't eat yer meat, you can't have any pudding.
How can you have any pudding
if you don't eat yer meat ?
You! Yes, you behind the bikesheds, stand still laddy !

Traduction :

Nous n'avons pas besoin d'éducation
Nous n'avons pas besoin que l'on contrôle de nos pensées
Assez de ces sombres sarcasmes en classe
Professeurs, laissez les enfants tranquilles
Hé ! Les profs ! Laissez les enfants tranquilles !

De toutes façons ce n'est qu'une brique de plus dans le mur
De toutes façons vous n'êtes qu'une brique de plus dans le mur

Nous n'avons pas besoin d'éducation
Nous n'avons pas besoin que l'on contrôle de nos pensées
Assez de ces sombres sarcasmes en classe
Professeurs, laissez les enfants tranquilles
Hé professeur ! Laisse nous tranquilles !

De toutes façons vous n'êtes qu'une brique de plus dans le mur
De toutes façons vous n'êtes qu'une brique de plus dans le mur.

(partie parlée sur le long solo de guitare)
Faux, Recommence !
Si tu ne manges pas ta viande tu n'aura pas de dessert
Comment pourrais-tu avoir un dessert
Si tu ne manges pas ta viande ?
Toi ! Oui toi derrière les parkings à vélos, tiens-toi droit !

A noter que cette chanson fut reprise comme hymne par les étudiants sud-africains pour protester contre le système scolaire mis en place dans le cadre de l’Apartheid.