1977, Ram Jam fait son unique succès avec la reprise d'un chant de travail des esclaves noirs américains...

black betty

Nous avons déjà évoqué le chant d'esclaves à travers les articles de ce blog (lire à ce propos Pick a bale of cotton), nous le ferons encore. Certains de ces chants ont connu une destinée insoupçonnable au moment où il furent écrits, c'est assurément le cas de Black Betty. Il s'agit d'un chant aux origines incertaines et il est difficile de savoir qui était cette fameuse Black Betty. D'aucuns affirment qu'il s'agissait d'un chant qui servait à cadencer les marches forcées des esclaves vers les champs de coton, que Black Betty était le surnom des fusils des gardiens d'esclaves et que l'onomatopée bam-ba-lam sympbolisait le bruit d'un coup de feu tiré par le fusil. D'autres prétendent que Black Betty était le nom des bouteilles de whisky dans lesquelles les esclaves trouvaient leur seul réconfort, certains ajoutent que Black Betty n'avait rien à voir avec les esclaves mais bien avec les prisonniers car il s'agissait du wagon qui servait au transfert d'un pénitencier à l'autre. Cette thèse est accréditée par le musicologue américain Alan Lomax, véritable historien de la musique américaine, qui, dans son livre The land where the blues began (1993) rapporte l'interview de Doc Reese, un bluesman qui fut aussi un prisonnier dans les années '30, dans laquelle celui-ci confirme que le wagon de transfert était surnommé Black Betty par les prisonniers. Cependant, ce même Alan Lomax, dans un livre qu'il écrivit, en 1934 avec son père John (autre historien de la musique américaine célèbre), avance que Black betty était le nom des fouets avec lesquels on punissait les esclaves dans les fermes du sud des Etats-Unis au 19è siècle... Fusil, alcool, wagon pénitenciaire ou fouet ? Difficile de savoir ce qu'était vraiment Black Betty. Une chose est sûre, il ne s'agit pas d'une femme comme pourrait pourtant le laisser croire la chanson éponyme. En effet, plusieurs phrase de la chanson (Black Betty had a child, She said ''I'm worrin' outta my mind'' ou Boy she makes me sing...) mais d'autres renvoie vers un objet (The damn thing gone blind ou The damn thing gone wild...). Il semble donc que les paroles de la chanson soient symboliques, afin de tromper la vigilance des gardiens les esclaves imaginaient des chants qui parlaient à première écoute de femmes ou de leur travail mais qui fustigeaient en fait les comportements de leurs gardes ou qui mettaient en lumière leurs conditions de vie...

La première version enregistrée de Black Betty date de 1933 par LeadBelly a qui l'on doit aussi Cotton Fields, Where did you sleep last night (reprise par Nirvana) ou Pick a bale of cotton. La militante et activiste Odetta Holmes, Alan Lomax (qui s'essaya aussi au chant et à la production musicale en plus d'être musicologue et historien), Nick Cave, Tom Jones, Ministry ou encore Meat Loaf feront également des enregistrement de Black Betty. Mais la version la plus connue est, sans conteste, celle du groupe de rock Ram Jam, créé en 1976 à new York. Myke Scavone (chant), Bill Bartlett (guitare), Howey Blauvett (basse) et Pete Charles (batterie) fondent donc Ram Jam, du nom d'une prise de catch, et entrent repidement en studio, au K&K de New York pour un premier album simplement titré Ram Jam. Pour ouvrir l'album, Bartlett propose une reprise de la chanson Black Betty qu'il avait déjà eu l'occasion de faire avec son groupe précédent Starstruck, une version totalement (hard) rock, rythmée par des riffs de guitares lourds et puissants. En fait, Bartlett est persuadé que cette version peut faire un tube même si l'essai précédent avec Starstruck s'était soldé par un bide total. La persévérence paye puisque lorsque le single sort, au printemps 1977, il se retrouve rapidement classé dans le top20 du Billboard américain.

Mais une polémique va permettre à la chanson de décoller plus encore. En effet, si dans la version originale Black Betty n'est pas une femme, rien n'est moins sûre dans celle de Ram Jam. Quelques semaines après la sortie, la National Association for Advancement of Colored People (L'Association Nationale pour la Promotion des Gens de Couleur ou NAACP), appuyée par le Congrès pour l'Egalité Raciale, appelle au boycott du groupe et de la chanson pour deux phrases ajoutées par Bartlett : She's always ready (Elle est toujours prête) et Well she's shakin' that thing (Bien elle secoue cette chose) qui n'apparaissent pas dans la version originale et qui sont jugées dégradantes pour les femmes noires. L'appel au boycott provoque l'effet contraire puisqu'en quelques semaines, Black Betty se vend à des centaines de milliers d'exemplaires et envahit l'Europe. Ram Jam cartonne en Angleterre mais aussi en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique. Mais le succès de Black Betty fait de l'ombre aux autres titres de l'album, elle est la seule chanson diffusée en radio et lorsqu'il sont en télévision ou sur scène c'est encore elle que l'on réclame. En 1978, le groupe retourne en studio pour graver un second album, The portrait of the artist as a young ram inspiré du roman de James Joyce Portrait of the artist as a young man, qui passe plutôt inaperçu. Le groupe se sépare la même année et réussira la performance - car c'en est une ! - se sortir, en 1990, un best-of sur base de deux albums confidentiels et un one hit wonder. A tout jamais, Ram Jam restera le groupe d'une seul chanson, la reprise rock d'un chant d'esclaves : Black Betty !

Ram Jam "Black Betty"

Black Betty