1975, avec Sailing, Rod Stewart rompt avec son passé pour s'offrir une nouvelle carrière...

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Rod Stewart est l'un des chanteurs britanniques les plus étranges qui soient, lunatique voire même bipolaire pour certains. Sa carrière en dent de scie est faite de très grands moments mais aussi de creux assez importants. Adoré par les unspour son style unique (il passe du beatnik au dandy via le look panthère), détesté par les autres pour certains de ses comportements provocateurs, il peut avoir des réactions totalement opposées sur une même chose. Ainsi s'inspire-t-il très largement du classique brésilien Taj Mahal de Jorge Ben et d'une mélodie de Bobby Womack pour écrire et composer Da Ya think I'm sexy, en 1979, à un point tel qu'il est condamné à verser des dommages et intérêts pour plagiat. Mais le single se vend au-delà de toutes les espérances (ndlr Da Ya think I'm sexy reste encore aujourd'hui l'un des singles de rock les plus vendus de l'histoire du rock) et Stewart décide de faire dont de tous ses gains sur cette chanson à l'UNICEF. Le chanteur de Highgate développe aussi une passion hors du commun pour le modélisme férroviaire, et notamment pour les trains anglais des années '40, qui lui vaut souvent des railleries dans le métier, surtout qu'il affirme souvent qu'il préfèrerait être reconnu en tant que collectionneur passionné de modélisme que comme chanteur... Bref, Rod Stewart, on aime ou on n'aime pas... mais force est de reconnaitre un indéniable talent à l'homme qui à vendu plus de 100 millions d'albums à travers le monde (ndlr le cent millionnième fut vendu en 2002). Né de parents écossais immigré à Londres, en 1945, Rod Stewart pense à faire carrière dans le football et est d'ailleurs intégré aux équipes de jeunes du club de Brentford FC, qui évolue en troisième division anglaise à l'aube des années soixante. Mais rapidement, il s'aperçoit qu'il n'a pas le talent suffisant que pour évoluer en première division, dans un grand club, et qu'il n'est pas prêt à s'imposer tous les sacrifices nécessaires pour y parvenir. D'autant moins qu'il a découvert les auteurs de la Beat Generation, Ginsberg et Kerouac notamment, et qu'il adopte rapidement leur mode de vie. Au terme de la lecture de Sur la route, de Jack Kerouac, Rod Stewart décide de mener une vie de beatnik et s'en va sur les routes d'Europe. Il a 17 ans et vit de la manche à Paris, Saint-Tropez Rome où Ibiza - alors bastion de la culture hippie - où il est arrêté pour vagabondage par la police. A l'époque de Franco, il ne fait pas bon être vagabond; Rod Stewart à la chance - car c'en fut une - de ne pas rester emprisonné en Espagne mais bien d'être expulsé vers son pays. Il rentre donc en Angleterre, en 1964, après deux années d'errance. Sale, maigre et dans un état de clochardistion tel que son père lui passe le savon de sa vie et le contraint à changer de vie... Dans les semaines qui suivent, alors qu'explose le Swinging London, Rod Stewart devient le petit Mods parfait !

Une petite en groupe et une carrière solo

Découvert par Long John Baldry, un chanteur de blues, dans une station de métro alors qu'il joue un air de Muddy Waters à l'harmonica, Rod Stewart verra sa carrière de chanteur décoller en 1966. Il fait partie succèssivement de plusieurs groupes dont SteamPacket, avec Baldry, Shotgun Express, avec Mick Fleetwood (qui formera bientôt Fleetwood Mac) et surtout, dès 1967, The Jeff Beck Group. En effet, le guitariste de génie quitte les Yardbirds et décide de monter son propre groupe. Il s'entoure de pointures comme Ron Wood (futur Rolling Stones) à la basse ou Nick Hopkins, l'un des meilleurs pianistes de studio de l'époque. Rod Stewart se voit confier le chant et pendant deux ans The Jeff Beck Group va accumuler les succès tant sur album qu'en live. Le groupe doit d'ailleurs participer au Festival de Woodstock mais des dissensions amènent Rod Stewart et Ron Wood à s'en aller pour rejoindre de Faces mais l'idée de tenter sa chance en solo est de plus en plus présente. Stewart franchit le pas en 1970 et enchaine les albums, An old raincoat never let you down (1970), Gazoline Alley (1970) et Every picture tells a story (1971) tout en continuant d'être le chanteur de The Faces (jusqu'en 1975). Le premier single du LP Every picture tells a story, Maggie May, offre la gloire à Rod Stewart. Le titre est un succès énorme tant en Angleterre qu'aux Etats-Unis.

1975, un exil au-delà de l'Atlantique

Pendant deux ans, Rod Stewart va aller de succès en succès, avec The Faces ou en solitaire. Il a tout, l'argent, la gloire, l'amour... Mais, en 1973, le succès solitaire du chanteur mine les relations au sein du groupe dont l'album Ooh la la est un fiasco. Tout cela mine Stewart qui sort, à son tour, un très mauvais album, Smiller (1974), franchement bâclé. Deux échecs consécutifs qui mettent Rod Stewart KO debout, d'autant plus que le fisc anglais le poursuit... Aussi il émigre vers les USA avec son nouvel amour, l'actrice suédoise Britt Ekland. Installé à Beverly Hills, il écrit et compose rapidement une douzaine de chansons qui serviront de base à un nouvel album. Lorsqu'il s'estime prêt, Rod Stewart entre en studio, à New York d'abord, à Los Angeles ensuite mais aussi pour terminer l'album, à Muscle Shoals, un studio mythique en Alabama dans lequel des chanteurs illustres comme Elvis Presley, Bob Dylan, Simon & Garfunkel, Wilson Pickett ou Aretha Franklin ont gravé quelques uns de leur succès. L'album s'intitue Atlantic Crossing, un titre clin d'oeil à son départ de Londres pour LA. Véritable album de rupture, Atlantic Crossing est le premier enregistré par Stewart chez Warner, c'est aussi le premier enregistré sans ses musiciens habituels (dont Ron Wood ou Pete Sears ou Micky Waller). Ce sont, en effet, des musiciens de studio américains qui participent à l'enregistrement. Comme pour mieux marquer cette rupture avec son passé, Rod Stewart choisi d'en faire une aussi sur l'album. La face A est composée de titres qui portent sa touche rock usuelle comme Three times loser, Drift away ou Stone cold sober; la face B est consacrée à des ballades plus inhabituelles dans le chef du chanteur. Parmi elles, Sailing ! Composée et interprétée par les frères Sutherland, en 1972, cette chanson évoque l'errance, le mal du pays mais aussi le rapport à Dieu... autant de thèmes qui parlent à Stewart. Passée totalement inaperçue au moment de sa sortie, Stewart estime pourtant qu'elle a un potentiel et décide de la reprendre pour compléter l'album Atantic Crossing.

Sailing est mise en boite à Muscle Shoals et Stewart rapporte, dans son autobiographie(1) que c'est la première fois qu'il enregistrait une chanson... à jeun ! Il avait, en effet, l'habitude de boire quelques verres pour se décontracter avant d'entrer en studio. Sans forcément être bourré, cela lui permettait, pensait-il, d'être meilleur. Mais les gens de Muscle Shoals lui avait recommandé la ponctualité (un autre problème du chanteur) et la sobriété s'il voulait mettre en boite chez eux. Il a donc obéi et, selon lui, Sailing est sa meilleure prestation studio ! Quoi qu'il en soit, le titre est un succès des deux côtés de l'Atlantique, il s'en vend plus d'un million d'exemplaires ! C'est aussi le titre qui signera la fin de l'aventure entre The Faces et Rod Stewart puisque, désormais, le chanteur fera cavalier seul... Aujourd'hui, Sailing est devenue l'hymne officiel de la Royal Navy et du club de football du Celtic Glasgow dont Stewart est un fervent supporter... Le clip de la chanson fut aussi par les premiers diffusés par MTV, le 1er août 1981, jour de son inauguration.

Sailing, version caritative et version protestataire...

D'aucuns se souviennent que Sailing fut rééditée par Rod Stewart sous la forme d'un charity-single pour les victimes du naufrage du Herald of Free Enterprise qui chavira au large de Zeebruges, en début de soirée, le 6 mars 1987, faisant 193 victimes. Les ventes du single avaient permis de récolter de l'argent pour les familles des victimes. Certains sont même convaincus que cette chanson fut écrite expressément dans ce cadre. Sailing fut aussi reprise, en 1990 par Steve Hackett, sur un album de protestation contre le rapatriement forcé des réfugiés vietnamiens qui étaient arrivés à Hong Kong sur des boat-people pour fuir le régime communiste de leur pays. Pour protester contre leur rapatriement forcé, sept réfugiés vietnamiens s'étaient immolés dans un camp de prisonniers...

Rod Stewart - Sailing ( Original Music Video )

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(1) Rod The autobiography, Century, octobre 2012