1985, John Hughes lance la carrière américaine de Simple Minds...

don't you forget about meLes Etats-unis sont en plein Reaganisme, le Président sortant a été réélu pour un second mandat. Et pourtant, le taux de pauvreté est de 13%, celui du chômage national de 6,5% mais certains états dépassent les 10% alors que d'autres frôlent les 15%, le déficit budgétaire est en hausse tandis que la balance commerciale est en négatif. L'ambiance est tout le contraire de l'euphorie ! Certains états sudiste mais aussi quelques-uns du nord, comme le Michigan ou le Montana, sont particulièrement exposés au chômage et à la pauvreté(1). S'ils sont nés dans les années cinquante, avec le rock 'n roll, les teen movies ont explosé à la fin des années '70 et au début des années '80. Des films comme Grease (Randal Kleiser, 1978), Meatballs (Ivan Reitman, 1979), Porky's (Bob Clark, 1982), Risky Business (Paul Brickman, 1983), Christine (John Carpenter, 1983) ou Retour vers le futur (Robert Zemeckis, 1985) ont été de véritables succès aux box-office US, d'autres comme Fame (Alan Parker, 1980), The Outsiders (Francis Ford Coppola, 1983), Rusty James (Francis Ford Coppola, 1983) ou St-Elmo's fire (Joel Schumacher, 1984) ont donné au genre les lettres de noblesse qui lui manquaient peut-être. S'il en est un qui a fait des films pour ados sa marque de fabrique c'est John Hughes. Dès sa première expérience du genre, 16 bougies pour Sam (1984), on découvre l'univers de Hughes qui mêle intimement la réalité économique à ses histoires. Alors qu'il tourne ce premier teen movie, Hughes prépare déjà son prochain film : un huis-clos qui mettra en présence cinq ados que tout sépare et qui vont apprendre à se connaitre durant une après-midi de colle. Pour son scénario, il réunit cinq "caricatures" de l'univers lycéen américain : la fille à papa aisée, la marginale, le premier de classe, l'athlète doué et le délinquant. Sur le tournage de 16 bougies pour Sam, Hughes tombe sous le charme d'Anthony Michael Hall, à qui il confie le rôle de premier de classe rejeté parce qu'il passe son temps à bosser ses cours, et de la rousse Molly Ringwald qu'il entrevoit dans le costume de la fille à papa, reine du bal de promo. Le casting se complète avec Emilio Estevez (le fils de Martin Sheen), dans le rôle du sportif, Ally Sheedy, dans celui de la marginale, et Judd Nelson dans le rôle du délinquant. Le film, intitulé The Breakfast Club, est tourné rapidement à l'automne 1984 et mis en boite en décembre. Pour la scène finale qui est un plan du délinquant s'en allant par le terrain de sport alors que le premier de classe récite la dissertation-punition qui leur a été infligée sur le thème "Qui pensez-vous être ?", Hughes veut une chanson qui marquera les esprits. Il demande à Keith Forsey et Steve Schiff, deux musiciens qui accompagnent généralement Nina Hagen, d'écrire et de composer cette chanson dont l'histoire évoque une relation d'amour tumultueuse (le délinquant et la reine du bal de promo qui échangent un baiser à la fin du film ?) et dont le titre est Don't you (forget about me).

A l'origine, John Hughes voudrait que ce soit Bryan Ferry qui interprète la chanson mais celui-ci décline la demande qu'il juge sans intérêt. Alors Hughes pense à un groupe européen qui se fraye lentement un passage dans l'univers musical étasunien, Simple Minds. A cette époque, le groupe écossais est bien ancré en tant que valeur sûre du rock made in Europe. Créé en 1977, Simple Minds rencontre le succès, deux ans plus tard, dès son premier 45 tours, A life in a day. L'album éponyme se vend plutôt bien aussi. Mais c'est avec l'album New Gold Dream (81,82,83,84), sorti en septembre 1982, que Jim Kerr et sa bande explosent littéralement aux yeux du monde. Les titres Promised you a miracle et Someone, Somewhere (in summertime) cartonnent dans toute l'Europe et en Océanie. Aux Etat-Unis, par contre, la reconnaissance est timide puisque l'album n'atteint que la 75è place du Billboard. En 1984, le 45 tours Waterfront et le LP qui l'intègre, Sparkle in the rain, amènent Simple Minds au rang des deux locomotives anglaises que sont Depeche Mode et U2. Lorsque John Hughes propose à Jim Kerr d'enregistrer Don't you, le chanteur de Simple Minds refuse dans un premier temps car le groupe prépare activement un nouvel album qui doit sortir en septembre 1985. Mais la proposition est reconsidérée par l'ensemble du groupe qui voit là une opportunité facile de pénétrer davantage le marché américain. Les accords sont pris, Simple Minds ne fera qu'un enregistrement studio, si clip il doit y avoir, il sera construit sur des images du film. La chanson est rapidement enregistrée, en janvier 1985 et accolée à la scène finale du film qui sort en février suivant.

The Breakfast Club est un succès total ! Il n'a coûté qu'un million de dollars et rapporte plus de cinquante millions en quelques semaines d'exploitation. Ainsi que l'escomptait John Hughes, la scène finale marque les esprits et la chanson Don't you (forget about me) n'est pas étrangère à cela. Face à la forte demande, et alors que ce n'était pas prévu à l'origine, les producteurs du film décident de sortir la chanson sur 45 tours, chez A&M Records. Ils parviennent aussi à convaincre les membres de Simple Minds de l'importance d'un clip vidéo qui se fait à la hâte pour surfer sur le succès du film. Don't you sort en avril 1985 et se retrouve en tête du Billboard des singles en mai. Simple Minds connait enfin le succès aux Etats-Unis, le LP Once upon a time, qui sort finalement en octobre 1985 et qui contient des bijoux comme Alive & Kicking, Sanctify Yourself ou I wish you were here cartonnent partout à travers le monde, y compris au pays de John Hughes. Malheureusement, Don't you ne se trouve pas sur la plaque malgré son immense succès car la maison de production du groupe, Virgin, n'a pas pu trouver un accord avec celle du 45 tours, A&M. En 1985, Simple Minds profite de son succès pour s'engager, à l'image de U2 que le groupe écossais s'évertuera trop souvent à copier non pas dans la musique mais bien dans la façon d'évoluer, dans la voie humanitaire en participant au Live Aid avant de composer deux chansons engagée : Mandela Day, composée pour les 70 ans de Nelson Mandela et qui évoque la situation en Afrique du Sud, et Belfast Child, qui parle de l'Irlande et de ses tensions communautaires et religieuses. Ses deux titre prendront place sur l'album Street Fighting Years (1989) qui sera un peu le chant du cygne du grand Simple Minds. A l'aube des années '90, seuls Jim Kerr et Charlie Burchill restent de la formation originale. Le groupe sortira encore quelques albums sans plus atteindre les sommets des années '80.

Quant à John Hughes, il continuera sa carrière de faiseurs de teen movies en réalisant encore des grands classiques du genre comme Une créature de rêves (1985), qui donnera naissance à la série Code Lisa, Pretty in Pink (1986) pour lequel il retrouvera Molly Ringwald, ou encore l'excellent La folle journée de Ferris Bueller (1986), une référence incontournable pour tous les amateurs du genre. Voulant ensuite s'essayer à la comédie traditionnelle, Hughes fera surtout dans le nanar avec des productions de faible qualité (dont certaines seront pourtant bankables) comme Maman, j'ai raté l'avion (1990) et ses suites, Bébé part en vadrouille (1994) ou Les visiteurs en Amérique (2001)... Mais le Maitre du Teen Movie restera aussi comme l'homme qui lança Simple Minds aux Etats-Unis avec la chanson finale de son film culte !

Simple Minds - Don't You (Forget About Me)

 

Don't you forget about me


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(1) d'aucuns affirment que sous Reagan les Etats-Unis ont connu une période de prospérité avec une augmentation du PNB et une baisse du chômage de 7,5% en 1980 à 5,5% en 1988. Ils omettent pourtant de préciser que dans la même temps, la pauvreté a augmenté de 33%, que le nombre de SDF a été quintuplé et que si les chiffres du chômage sont partis à la baisse c'est parce que quantité de chômeurs ont été exclus des comptages...