1986, Suzanne Vega fait un tube d’un sujet grave…

Luka

Suzanne Vega est l’une des voix les plus reconnaissables de la chanson américaine. Née en Californie à l’époque dorée du rock ‘n roll, elle a grandi dans un quartier défavorisé de New York où elle trouvait dans la poésie un exutoire à sa vie sans grand relief. A 14 ans, nous sommes alors en 1973, elle met en musique l’une de ses poésies pour composer ainsi sa première chanson. Elle étudie alors à la Fiorello H. LaGuardia High School of Music & Art and Performing Arts, l’école qui servit de décors au film Fame et d’où sont sortis quelques-uns des plus grands artistes américains, toutes disciplines confondues(1). Elle suit ensuite un cursus de littérature anglaise au College Barnard de l’Université de Columbia, elle sait déjà que la musique sera son créneau professionnel… A la fin des années ’70, Suzanne Vega se produit sur différentes petites scènes new yorkaises, surtout dans Greenwich Village, le quartier qui a favorisé l’éclosion, dans les années ’60 et ’70, de la musique folk. Dylan y chanta fréquemment, The Mamas and the Papas s’y sont créés et une vingtaine de nightclubs ou de coffehouses offrent une scène aux folkeux… La musique folk c’est justement celle qui plait à Suzanne Vega et c’est naturellement qu’elle s’impose dans le Village.

Elle est recrutée en 1983 par le label A&M mais il faut attendre 1985 pour que Suzanne Vega sorte son premier album. En plein cœur d’une décennie de profit, d’évolution technologique et de tape-à-l’œil, cette plaque est simple, sobre et composée de titres recherchés. Les chansons n’ont pas le militantisme de ses idoles des sixties (comme Bob Dylan ou Joan Baez) mais plutôt le caractère introspectif des auteurs-compositeurs des années septante, façon Lou Reed… Oui, Suzanne Vega est un pur produit des années septante et elle le revendique. La critique encense cet album intitulé Suzanne Vega qui contient d’excellentes pièces comme The Queen and the Soldier, Small Blue thing et, surtout, le superbe Marlena on the Wall… Il ne connait pourtant qu’un succès mitigé aux Etats-Unis où le folk est tombé en désuétude ; par contre il cartonne en Angleterre.

Une chanson aurait du prendre place sur ce premier album mais elle était trop codifiée pop que pour se fondre dans la masse. Qu’à cela ne tienne, elle prendra place sur le suivant. Mais le texte évoque un sujet grave et lourd, celui de l’enfance maltraitée… Il faut donc construire un album plus grave aussi. Luka est un gamin new yorkais qui vit dans un immeuble un peu miteux. Fréquemment il endure la violence de ses parents qui le battent jusqu’à ce qu’il pleure ou qui le font valser dans l’appartement parfois même jusqu’à ce qu’il passe au travers d’une porte. Luka a une voisine (la narratrice de la chanson, Suzanne Vega ?) qui habite juste en dessous de chez lui. Elle le rencontre dans l’immeuble et il lui adresse la parole, une forme d’appel au secours déguisé puisqu’il lui demande de s’occuper de ses affaires et pas des siennes alors que c’est pourtant lui qui prend l’initiative de la discussion… Le sujet est grave pour une chanson pop mais elle plait au public. Le single sort en 1986 et rencontre un véritable succès de foule. Dans la foulée, l’album Solitude Standing (1987) est aussi une belle réussite tant artistique que commerciale. Il contient, notamment, le second gros tube de Vega, Tom’s Diner.

Luka est le titre qui a ouvert la voie du succès et de la reconnaissance à Suzanne Vega mais, plus encore, il est surtout celui qui a permis à une génération de chanteuses folks à texte – Tracy Chapman, Sinead O’Connor et Michelle Shocked en tête – de trouver un label, de s’imposer dans un créneau qui était un peu désuet avant Suzanne Vega…

Suzanne Vega - Luka



Luka

My name is Luka
I live on the second floor
I live upstairs from you
Yes I think you've seen me before
If you hear something late at night
Some kind of trouble. some kind of fight
Just don't ask me what it was
Just don't ask me what it was
Just don't ask me what it was

I think it's because I'm clumsy
I try not to talk too loud
Maybe it's because I'm crazy
I try not to act too proud
They only hit until you cry
And after that you don't ask why
You just don't argue anymore
You just don't argue anymore
You just don't argue anymore

Yes I think I'm okay
I walked into the door again
If you ask that's what I'll say
And it's not your business anyway
I guess I'd like to be alone
Nothing broken, nothing thrown
Just don't ask me how I am
Just don't ask me how I am
Just don't ask me how I am

My name is Luka
I live on the second floor
I live upstairs from you
Yes I think you've seen me before
If you hear something late at night
Some kind of trouble. some kind of fight
Just don't ask me what it was
Just don't ask me what it was
Just don't ask me what it was

They only hit until you cry
And after that you don't ask why
You just don't argue anymore
You just don't argue anymore
You just don't argue anymore

Traduction

Mon nom est Luka
Je vis au second étage
Je vis juste au-dessus de chez toi
Oui, je crois que tu m’a déjà vu avant
Si tu as entendu quelque chose tard le soir
Comme des troubles, comme des combats
Ne me demande pas ce que c’était
Ne me demande pas ce que c’était
Ne me demande pas ce que c’était

Je pense que c’est parce queje suis maladroit
J’essaie de ne pas parler trop fort
Peut-être est-ce parce que je suis fou
J’essaie de ne pas être trop fier
Ils frappent jusqu’à ce que tu pleures
Et après ça, tu ne demande pas pourquoi
Tu n’essaie plus d’exister
Tu n’essaie plus d’exister
Tu n’essaie plus d’exister

Oui je pense que je vais bien
Je suis encore passé à travers la porte
Si tu te demandes ce que j’en pense
Ce n’est pas tes affaires
Je suppose que je préfère être tout seul
Avec rien de cassé, rien à jeter
Alors ne me demande pas comment je vais
Alors ne me demande pas comment je vais
Alors ne me demande pas comment je vais

Mon nom est Luka
Je vis au second étage
Je vis juste au-dessus de chez toi
Oui, je crois que tu m’a déjà vu avant
Si tu as entendu quelque chose tard le soir
Comme des troubles, comme des combats
Ne me demande pas ce que c’était
Ne me demande pas ce que c’était
Ne me demande pas ce que c’était

Ils frappent jusqu’à ce que tu pleures
Et après ça, tu ne demande pas pourquoi
Tu n’essaie plus d’exister
Tu n’essaie plus d’exister
Tu n’essaie plus d’exister