1975, le trait de génie de Freddie Mercury…

 

bohemian Rhapsody

1967-1979, l’âge d’or des opéra-rock, un genre musical à part dans l’histoire du rock, une véritable histoire racontée en rock majeur. Nous avons déjà évoqué, dans cette série de l’été, deux opéras-rock (Tommy, des Who, et The Wall, de Pink Floyd) et la chanson que nous allons évoquer aujourd’hui n’entre pas vraiment dans les canons du genre mais de nombreux spécialistes du rock s’accordent à dire que Bohemian Rhapsody (1975) est un opéra-rock à elle seule tant par ses envolées lyriques que par le sujet de la chanson… A la fin des années soixante, Brian May (guitare) et Roger Taylor (batterie) font parie de Smile, un groupe dont Tim Staffel est le chanteur. Smile est un groupe semi-professionnel composé d’étudiants dont les cachetons pour chaque concert permettent de mener une vie agréable si pas confortable. Farrouk Bulsara, dit Freddie, est le copain de chambre de Staffel et il suit l’activité de Smile avec envie. Bulsara, un anglais né à Zanzibar, chante également dans deux groupes universitaires de moindre importance, Milk Sea et Ibex. En 1970, Tim Staffel annonce qu’il quitte Smile pour créer un autre groupe, pour May et Taylor l’aventure semble vouloir s’arrêter mais Freddie Bulsara parvient à les convaincre de ne pas ranger guitare et batterie et de poursuivre avec lui au chant. Tout est alors changement de nom ! Brian May ne veut pas conserver l’appellation Smile car il pense que le groupe, qui avait une petite renommée autour de Londres, resterait associé à l’image de Staffel ; Bulsara veut pour sa part angliciser son patronyme car il est convaincu qu’un nom à consonance sud-africaine serait un frein à l’évolution du groupe qu’il entrevoit longue et fructueuse…

Smile devient Queen – une référence non pas à Elisabeth II mais bien au milieu homosexuel de Londres ! – et Bulsara devient Mercury… l’aventure peut débuter ! Queen cherche un bassiste et plusieurs se succèdent jusqu’à l’arrivée de John Deacon, en 1971, qui complète parfaitement le quatuor. Queen enchaine les tournées dans les bars et les festivals anglais, on reconnait tout de suite le style Queen qui repose sur des morceaux très long à l’orchestration complexe et aux paroles oniriques. EMI ne tarde pas à repérer ce groupe qui sort vraiment de l’ordinaire et l'emmène en studio. Il faudra 18 mois pour mettre en boite le premier album, simplement titré Queen (1973), une plaque tendance heavy metal qui séduit la critique mais pas vraiment le grand public. Le second album, Queen II (1974), marche un peu mieux. Il repose sur un heavy metal matinée d’une touche de baroque et une autre de psychédélisme très en vogue à l’époque. Dans la foulée sort Sheer heart attack (1974) qui marque la vraie reconnaissance de Queen ; l’album est porté par les riffs exceptionnels de Brian May et la voix de ténor de Freddie Mercury. Sheer heart attack, plus glam-rock, cartonne tant en Angleterre que sur le vieux continent et devient même disque d’or aux Etats-Unis.

Queen est prêt pour son opus grandiose !

Mercury est ravi du succès de son groupe, il y croyait depuis le début mais force lui est de constater que cela a été plus vite qu’escompté. Il veut frapper un grand coup avec l’album suivant dont la sortie contractuelle est prévue pour 1975. Chaque membre du groupe apporte sa pierre à l’édifice. May écrit et compose cinq titres, dont 39 et God Save the Queen, Deacon écrit You’re my best friend, hommage à sa femme, et Roger Taylor propose I’m in love with my car. De son côté, Freddie Mercury travaille sur un projet qui lui tient à cœur. Il rêve d’un opéra-rock mais EMI et Brian May ne sont pas vraiment enchantés par l’idée. Mercury parvient, cependant, à imposer un morceau lyrique construit selon les bases de l’opéra-rock sur l’album dont le titre, A night at the Opera, est inspiré du célèbre film des Marx Brothers. Mercury bosse seul, dans son appartement avec son piano, sur ce projet et les premières bandes enregistrées porte le titre évocateur de Fred’s Thing (le truc à Fred) !!! Personne ne voit vraiment où Freddie Mercury veut en venir avec cette chanson assez longue qui ne repose sur aucune structure conventionnelle, qui ne comporte même pas de refrain. Les paroles sont bizarres, elles évoquent un homme, symbolisé par le Bohémien, qui vit en dehors des règles de la société. Un homme qui en tue un autre et qui doit affronter les conséquences de son acte… Freddie Mercury est tellement sûr de la portée de sa chanson que les autres membres du groupe décident de l’aider à la terminer. Au final Bohemian Rhapsody est l’une des chansons les plus abouties de tous les temps. Elle se structure en six parties distinctes :

- une intro à cappella bientôt soutenue par un piano et des chœurs ;
- une ballade harmonique qui repose sur la basse de John Deacon, un piano et la voix de Freddie Mercury ;
- un solo de guitare crescendo de Brian May qui fait la jonction entre la ballade et l’opéra ;
- un air d’opéra très lyrique et même onirique ;
- une envolée très hard-rock marquée par un nouveau riff de guitare de Brian May ;
- une conclusion qui redescend vers la mélodie du début de la chanson.

Dans ces paroles, Mercury évoque clairement un jugement, celui de son Bohémien marginal (est-ce lui qui est homosexuel et qui vit donc en marge de la société ?). Il parle de la basmala (Bismillah en anglais) qui évoque la clémence et la miséricorde dans le Coran mais aussi de Galilée (Galileo), un homme qui pour ses convictions a été mis au ban de la société, Scaramouche, un personnage de la Commedia dell’arte, qui fuit en permanence, et Figaro, le personnage de Beaumarchais, insolent, insoumis et provocateur… Enfin, Mercury évoque le Diable (la mort ou un pacte passé par le Bohémien ?) par l’entremise de Belzébuth (Beelzebub), le Prince des Démons selon la bible.

Bohemian Rhapsody est considéré comme la Meilleure Chanson Anglaise de tous les temps, elle présente la particularité d’avoir été en tête des ventes à deux reprises, à 16 ans d’intervalle : en décembre 1975 au moment de sa sortie et en décembre 1991 juste après la mort de Freddie Mercury. Les deux fois, plus d’un millions d’exemplaires du single se sont écoulées… La chanson phare de Mercury fut reprise une cinquantaine de fois, notamment par Montserrat Caballe, en duo avec Bruce Dickinson le chanteur d’Iron Maiden, Elaine Page, L’Orchestre Philarmonique de Grande-Bretagne ou encore P!nk. Il existe aussi une version délirante faite par les marionnettes du Muppet Show qui aurait, je pense, beaucoup plu à Freddie Mercury…

Queen - Bohemian Rhapsody


Bohemian Rhapsody

Is this the real life
Is this just fantasy
Caught in a landslide
No escape from reality
Open your eyes
Look up to the skies and see
I'm just a poor boy,I need no sympathy
Because I'm easy come,easy go,
A little high little low,
Anyway the wind blows doesn't really matter to me,
To me

Mama,just killed a man,
Put a gun against his head,
Pulled my trigger now he's dead,
Mama,life had just begun,
But now I've gone and thrown it all away
Mama ouh ouh ouh ouh
Didn't mean to make you cry
If I'm not back again this time tomorrow
Carry on carry on as if nothing really matters

Too late, my time has come,
Sends shivers down my spine
Body's aching all the time,
Goodbye everybody-I've got to go
Gotta leave you all behind and face the truth
Mama oooh (any way the wind blows)
I don't want to die,
I sometimes wish I'd never been born at all

I see a little silhouetto of a man,
Scaramouche, scaramouche will you do the Fandango
Thunderbolt and lightning-very very frightening me
Galileo Galileo,
Galileo Galileo
Galileo figaro-Magnifico
But I'm just a poor boy and nobody loves me
(He's just a poor boy from a poor family
Spare him his life from this monstrosity)
Easy come easy go-,will you let me go
Bismillah! No-,we will not let you go-let him go
Bismillah! We will not let you go-let him go
Bismillah! We will not let you go-let me go
Will not let you go-let me go
Will not let you go let me go
No,no,no,no,no,no,no
Mama mia,mama mia,mama mia let me go
Beelzebub has a devil put aside for me,for me,for me

So you think you can stone me and spit in my eye
So you think you can love me and leave me to die
Oh baby-Can't do this to me baby
Just gotta get out-just gotta get right outta here

Nothing really matters, anyone can see,
Nothing really matters, nothing really matters to me,

Any way the wind blows....

 

Traduction :

Est-ce la vraie vie
Est-ce juste un fantasme
Pris dans une avalanche
Je ne peux pas m’échapper de la réalité
Ouvre les yeux

Regardes les cieux et vois
Je ne suis qu’un pauvre garçon, je n’ai pas besoin de pitié
Car je vais et je viens
Tantôt au sommet, tantôt tout en bas
Quel que soit le sens du vent, ça n’a pas d’importance pour moi
Pour moi

Maman, je viens de tuer un homme
J’ai mis un flingue sur sa tête
Pressé la détente, maintenant il est mort
Maman, la vie venait juste de commencer
Mais maintenant je suis fini, j’ai tout gâché
Maman, ouh ouh ouh ouh
Je ne voulais pas te faire pleurer
Si je ne suis pas revenu demain à la même heure
Continue, continue comme si de rien n’était

Trop tard, mon heure estvenue
Des frissons me parcourent l’échine
Mon corps me fait mal tout le temps
Au revoir à tous, je dois m’en aller
Je dois vous quitter et affronter la vérité
Maman, ooooh (quel que soit le sens du vent)
Je ne veux pas mourir
Je souhaite parfois ne jamais être né

Je vois une petite silhouette d’homme
Scaramouche, Scaramouche vous fera danser le fandango
Le tonnerre et les éclairs me font vraiment peur
Galilée Galilée
Galilée Galilée
Galilée Figaro Magnifique
Mais je ne suis qu’un pauvre garçon et personne ne m’aime
(Il n’est qu’un pauvre garçon d’une pauvre famille
Epargnez sa vie de cette monstruosité)

Ca va, ça vient, me laisserez-vous partir ?
Basmala, on ne te laissera pas partir – laissez-le partir
Basmala, on ne te laissera pas partir – laissez-le partir
Basmala, on ne te laissera pas partir – laissez-moi partir
On ne te laissera pas partir – laissez-moi partir
On ne te laissera pas partir – laissez-moi partir

Non non non non non non non

Pour ma mère, pour ma mère, pour ma mère laissez-moi partir
Belzebuth me réserve un démon, pour moi, pour moi, pour moi

Alors tu penses pouvoir me lapider et me cracher au visage
Alors tu penses pouvoir m’aimer et me laisser mourir
Oh bébé tu ne peux pas me faire ça, bébé
Je dois juste sortir, sortir d’ici immédiatement

Rien n’a d’importance, tout le monde peut le voir
Rien n’a d’importance, rien n’a d’importance pour moiQuel que soit le sens du vent