1977, le premier titre d'un groupe devenu mythique...

sultans of swing

Journaliste musical, Mark Knopfler végète dans le Londres de cette seconde moitié des années ’70. Il rapporte les concerts et commente les nouveaux albums des stars de la pop et du rock anglais ; David Bowie, The Rolling Stones, The Clash, Queen ou Pink Floyd. Knopfler n’a jamais vraiment songé à faire carrière dans la musique, et pourtant il dispose d’une dextérité hors du commun lorsqu’il manie la guitare. Son frère, David, et lui ont été éduqués à la musique dès leur plus jeune âge et ils se sont tournés vers la guitare dès l’adolescence, dans les années 60. A bientôt 28 ans (il est né le 12 août 1949, à Glasgow), Mark Knopfler croit que sont avenir est probablement tracé dans la presse musicale ; aussi quand David lui présente le bassiste John Illsey, il ne prête guère d’attention à l’idée de monter un groupe. David insiste car il sait que Mark a de l’or dans les doigts mais également un timbre de voix qui n’est pas désagréable.

C’est sans grande passion que Mark Knopfler se lance, en juin 1977, dans l’aventure. Illsey trouve quelques engagements dans des bars de la banlieue londonienne et le groupe est baptisé The Cafe Racers (Ceux qui Courent les Cafés). Un batteur, Pick Whiters, est recruté et plusieurs soirs par semaine, The Cafe Racers cachetonne dans les bars enfumés… Il arrive même au groupe de se produire dans deux endroits différents la même soirée ! Mark Knopfler prend un vrai plaisir à être sur ces petites scènes, à jouer de la guitare et à chanter pour un public épars mais qui trouve pourtant du talent à ces petits gars… Knopfler y prend tellement goût qu’il écrit une chanson qui relate l’histoire de quelques musiciens désargentés qui se produisent dans un club de Londres et qui se moquent d’être reconnus tant qu’ils peuvent jouer ensemble… Cette chanson, baptisée Sultans of Swing, devient la première référence des Café Racers.

Le lundi 1er août 1977, dans le fond d’un bar où ils viennent de jouer devant une poignée de clients, alors qu’ils sont attablés à faire les maigres comptes, Illsey lance «We always are in dire straits» («On est toujours dans la dèche»)… «It could be the name of the band» («Cela pourrait être le nom du groupe») ironise un ami des frères Knopfler qui était de venu voir leur prestation… Dire Straits, c’est vrai que le nom claque bien dans l’oreille ! Et ce qui n’était qu’une boutade de fin de soirée devient le nouveau nom des Cafe Racers…

Est-ce le changement de nom qui attira l’animateur radio et Historien du rock Charlie Gillett à un concert mais toujours est-il que celui-ci entend, quelques jours plus tard, Sultans of Swing et pense qu’elle ferait bonne figure dans sa célèbre émission Honkey Tonk sur Radio London. Il propose au groupe d’enregistrer une démo afin de permettre la diffusion de Sultans of Swing. Bien entendu les frères Knopfler, Illsey et Withers acceptent et se retrouvent en studio quelques jours plus tard pour mettre en boite la chanson. Diffusée plusieurs fois par jour, Sultans of Swing devient rapidement populaire ; elle est réclamée par les auditeurs de Radio London et, sentant assurément la bonne affaire, quatre producteurs viennent frapper à la porte de Mark Knopfler, devenu naturellement le leader du groupe. C’est le label Phonogram qui parvient à s’assurer l’enregistrement d’un album de Dire Straits, mais pour cela il convient de fournir huit autres chansons pour remplir le LP. Knopfler en a deux ou trois de réserve aussi se met-il à l’écriture et à la composition. En quelques jours il parvient à présenter à Phonogram une quinzaine de chansons. De commun accord, le producteur Ed Bicknell et les membres du groupes en sélectionnent huit pour accompagner Sultans of Swing et le groupe entre dans les studios de Phonogram pour la mise en boite d’une plaque 33 tours sobrement intitulée Dire Straits.

Le premier titre à être enregistré est évidemment la chanson phare du groupe. Sultans of Swing repose sur une base simple : une lead guitar (Mark Knoplfer), une ryhtm guitar (David Knopfler), une basse (John Illsey) et une batterie (Pick Withers)… La chanson comporte deux solos de guitare et Mark Knopfler ne veut pas d’autres musiciens de studio. Lors de la prise finale, il va complètement se lâcher et offrir un premier solo court mais annonciateur de la bombe à suivre. Le second solo, en fin de chanson, est simplement extraordinaire… Génial… Sublime ! Plus long que le précédent, il va permettre au grand public de découvrir le génie qui habite Knopfler. Aujourd’hui, ce solo de Mark Knopfler est reconnu par les critiques, comme l'un des plus grands solo de guitare de toute l'histoire du rock, de part sa complexité, sa diversité, ses différentes versions, ainsi que sa particularité à n'être pratiquement jouable qu'aux doigts.

L’album Dire Straits contient quelques autres morceaux remarquables comme Down to the waterline ou Wild west end mais l’immense succès de Sultans of Swing éclipse le reste de l’album. Phonogram l’écoule aux Pays-Bas, en France, en Allemagne, en Scandinavie pour tester l’album. Partout il se vend, partout Sultans of Swing est diffusé en radio. Ce n’est qu’en 1978, alors que le single de la chanson-phare s’y est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires, que Dire Straits sort en Angleterre avant de partir à la conquête des States…

Dans l’histoire du rock

Alors que le mouvement Punk bat son plein à Londres et que le rock s’est un peu essoufflé sous le phénomène disco, Dire Straits éclate à la face du monde. Beaucoup considèrent d’ailleurs que Sultans of Swing est le titre qui sonne le glas du disco et qui permet au rock de refaire surface. Influencé par le rock des années ’50 et ’60 ainsi que par le blues, racine immuable de toute vraie musique, Dire Straits parvient à s’imposer dans le paysage musical international. L’avènement de la new wave, la confirmation de la pop music et le retour au premier plan du rock n’empêchent pas Dire Straits de se tailler une place privilégiée dans le riche parterre anglais composer d’artistes confirmés (Bowie, les Stones, Queen, Pink Floyd, The Police, Genesis, Led’ Zep’…), de groupes naissants (The Cure, Spandau Ballet, Duran-Duran, Tears for Fears, Talk Talk… ), d’ovnis de passage (Culture Club, Yazoo, Dead or Alive, Visage…) et de phénomènes en devenir (U2, Depeche Mode, Simple Minds). Avec des albums comme Communiqué (1979), Making Movies (1980 avec la superbe ballade Romeo & Juliet) et Love over Gold (1982 qui contient Telegraph Road), Dire Straits assoit sa renommée. Musicalement, on reconnaît dès la première note le style Knopfler… Il ne joue qu’en fingerpicking et sa Fender Stratocaster rouge devient l’emblème du groupe. Mark Knopfler est l’unique compositeur et le seul parolier du groupe. Aussi, excédé par la prestance de son frère, David Knopfler quitte le groupe pour tenter l’aventure en solo.

1985, Dire Straits propose Brothers in Arms, l’album qui est considéré comme le meilleur du groupe. Il est vrai que, en plus de la chanson éponyme (une ballade aux influences celtiques dans laquelle on peut aussi sentir comme une pointe de Pink Floyd), Knopfler propose un florilège musical varié : jazzy (Your latest trick), folk (Why worry), pop (Walk of life et So far away) et, bien entendu, rock (avec le désormais mythique Money for Nothing)… Autant de succès qui confèrent à Dire Straits le statut de «plus grand groupe anglophone des années ’80», autant dire de meilleur groupe du monde de cette décennie ! L’album va, en outre, bénéficier d’un coup de pouce technologique ; les premiers lecteurs CD se trouvent sur le marché et Brothers in Arms sera l’un des premiers 33 tours à être digitalisé. Il accompagnera bien des achats de lecteurs CD et le tube planétaire Money for Nothing est associé à l’éclosion du CD.

Après une pause de six années durant laquelle Mark Knopfler donne une autre orientation à sa carrière (solo + Notting Hillbillies), Dire Straits se reforme pour un album intitulé On every Streets (1991) nettement plus New Orleans… Ce sera là le dernier opus de la bande à Knopfler qui tire définitivement sa référence le soir du 9 octobre 1992 lors d’un ultime concert à Saragosse, en Espagne.

Dire Straits - Sultans Of Swing (Live)

Sultans of Swing

You get a shiver in the dark
It's been raining in the park but meantime
South of the river you stop and you hold everything
A band is blowing dixie double four time
You feel all right when you hear that music ring

You step inside but you don't see too many faces
Coming in out of the rain to hear the jazz go down
Too much competition too many other places
But not too many horns can make that sound
Way on downsouth way on downsouth london town

You check out guitar george he knows all the chords
Mind he's strictly rhythm he doesn't want to make it cry or sing
And an old guitar is all he can afford
When he gets up under the lights to play his thing

And harry doesn't mind if he doesn't make the scene
He's got a daytime job he's doing alright
He can play honky tonk just like anything
Saving it up for friday night
With the sultans with the sultans of swing

And a crowd of young boys they're fooling around in the corner
Drunk and dressed in their best brown baggies and their platform soles
They don't give a damn about any trumpet playing band
It ain't what they call rock and roll
And the sultans played creole

And then the man he steps right up to the microphone
And says at last just as the time bell rings
'thank you goodnight now it's time to go home'
And he makes it fast with one more thing
'we are the sultans, the Sultans of swing'

Traduction :

Tu frissonnais dans le noir
Il pleuvait dans le parc mais entre-temps
Au sud du Fleuve, tu t’arrêtes et tout se suspend
Un groupe souffle du jazz dixie en double quatre temps
Tu te sens bien dès que tu entends cette musique sonner

Tu entres mais tu ne vois pas grand monde
Venir à l’intérieur pour se protéger de la pluie et entendre du jazz
Trop de concurrence, trop d’autres lieux
Mais très peu de trompettes qui peuvent un tel son
Sur la route du sud, sur la route du sud de Londres

Tu observe Georges à la guitare, il connait tous les accords
Il ne s’occupe que du rythme, il ne veut pas faire chanter ou pleurer
Et une vieille guitare c’est tout ce qu’il possède
Lorsqu’il apparait sous les lumières pour jouer son morceau

Et Harry, lui, se moque de ne pas être sur la scène
Il a un boulot en journée et il le fait bien
Il sait pourtant jouer du honky tonk comme personne
Mais il réserve ça pour le vendredi soir
Avec les Sultans, les Sultans du Swing

Une poignée de gamin font les cons dans un coin
Saouls et fringués avec leur plus beau baggy trouser et des chaussures compensées
Ils ne s’intéressent pas à ce groupe jouant de la trompette
Ce n’est pas ce qu’ils appellent du rock ‘n roll
Et les Sultans jouèrent créole

Alors un homme approche du micro
Et il dit, alors que la cloche retentit,
Merci, bonne nuit, il est temps de rentrer
Et il ajoute vite un petit truc en plus
Nous sommes les Sultans, les Sultans du Swing